La ferme de l’hôtié: de bons fromages locaux

Les chèvres de la ferme

Multiplier les activités pour être plus résilients

La ferme de Laurent et Sandrine Hignet, intégralement en agriculture biologique, s’étend sur 37 hectares à Paimpont, dont 16 hectares où il n’est possible de faire que de l’herbe. Comme leurs champs sont petits et assez vallonnés, ils n’ont pas été très convoités, car ils sont peu pratiques pour les grandes cultures.

Alors il faut faire preuve d’ingéniosité et valoriser le terrain:

  • L’herbe est fauchée et donnée aux chèvres qui en ont suffisamment pour toute l’année
  • 10 vaches normandes mangent ce dont les chèvres ne veulent pas pour favoriser la repousse
  • Le surplus de foin généré par ces méthodes est vendu
  • 15 kilomètres de haies bocagères donnent du bois en grande quantité pour être vendu
  • Un verger permet de produire du jus de pomme et du vinaigre de cidre
  • 400 pommiers ont été plantés entre les champs pour obtenir plus de fruits, faire de l’ombre aux animaux et attirer plus de biodiversité
  • Auto-construire une ferme avec sa fromagerie et une maison
Laurent et Sandrine Hignet

Des chèvres dans un état semi-sauvage

La cinquantaine de chèvres de la ferme vivent sur 5 hectares de terre: elles peuvent sortir comme elles le souhaitent du hangar pour aller brouter et ruminer. Elles mènent la vie la plus proche possible de l’état naturel. C’est d’ailleurs ce qui, pour Laurent, fait la rusticité d’un animal.

Ce n’est pas sa race, mais la manière dont il vit qui le rend résistant à son environnement:

  • Manger de l’herbe, du trèfle, du plantain, du pissenlit… sans ajout d’autres aliments
  • Sortir tous les jours de l’année
  • Se reproduire naturellement en mélangeant boucs et chèvres
  • Laisser les animaux mourir de vieillesse
  • Ne soigner ou prévenir qu’avec des produits naturels et des huiles essentielles

Pour éviter les problèmes génétiques, les races sont mélangées. Et comme aucune race n’est considérée meilleure qu’une autre, le mélange des genres n’est pas un problème.

Limiter les naissances naturellement

Une chèvre met bas une fois par an, mais peut avoir deux petits en même temps. Alors pour limiter les naissances,  après les saillies, la chèvre est rationnée quelque jours pour que, naturellement, il n’y ait fécondation que d’un seul chevreau. En effet, une chèvre ne se reproduit que si elle sait qu’il y a assez de nourriture pour elle et sa progéniture.

Habituellement, la ferme conserve 10 chevrettes pour le renouvellement naturel. Mais cette année, avec le coronavirus, personne n’était disponible pour venir les chercher: ce sont donc 30 nouvelles chevrettes qui rejoignent le troupeau cette année!

Les chevrettes ne tètent pas leur mère pour éviter certains problèmes sanitaires transmis par le colostrum (premier lait). Alors, pour leur apprentissage à l’extérieur, elles sont accompagnées par une chèvre ne produisant pas de lait, afin qu’elle leur enseigne ce qui est comestible ou non.

Les vaches de la ferme

Un manque de cohérence qui peut mettre à mal la filière

Pour obtenir du fromage, il faut que la femelle produise du lait, et mette donc bas. En France, le veau se mange plutôt bien, et l’agneau rencontre du succès à Pâques. Mais alors que l’on dévore le fromage de chèvre, on boude la viande de chevreau.

Pour remettre le chevreau au goût du jour, Laurent et Sandrine Hignet on rejoint un groupement dans le 56 afin de développer la filière viande. Pour appuyer cette logique, ecoRennais proposera des colis de chevreaux sur commande. En effet, les chevreaux sont pour le moment revendus une misère pour être envoyés vers l’Italie, ce qui n’est pas très logique.

Un réseau d’entraide entre producteurs locaux

Tomme produite avec le lait des producteurs associés à la démarche

La Ferme de l’Hôtié produit ses spécialités, et utilise également du lait de fermes voisines pour la transformation (en excellents fromages bien affinés). Un réseau de producteurs s’est créé, et même de producteurs produisant a priori les mêmes produits, pour faire de la transformation et multiplier les canaux de distribution. La demande est là, et tout l’intérêt est de s’entraider. Ainsi, au marché des Lices, la ferme vend également des produits des producteurs voisins.

Producteurs, vendeurs, transformateurs: comme pour la valorisation des terres, c’est la multiplication des rôles qui permet la résilience.

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